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16/03/2015








Avant la Communauté de l'Anneau, il y avait cinq Hobbits - Frodo, Sam, Merry, Pippin et Fatty -. Avant cela, il y avait deux cousins, Frodo et Merry, et leur oncle excentrique, Bilbo. Voici leurs aventures.
 
 









BLOG ABANDONNÉ FAUTE D'HISTOIRE À TRADUIRE EN VERSION ORIGINALE
Et de temps...

16/03/2015






Hullo tout le monde!


Je me présente, Plume Bleue, traductrice. En fouillant dans l'immense bibliothèque de mon oncle Bilbo, je suis tombée sur ce petit bijou - les mémoires de mes cousins Frodo et Merry (Meriadoc). Je me suis dit : ils étaient tellement farceurs lorsqu'ils étaient jeunes, pourquoi ne pas partager leurs aventures aujourd'hui, pour mettre un baume sur le c½ur de ceux affectés par les ténèbres du Mordor? Malheureusement, tout le monde ne parle pas le Westron de la Comté. Maîtrisant bien les langues étrangères grâce à mon oncle voyageur, j'ai décidé de traduire le joyau que j'avais trouvé, les péripéties de mes cousins de la mort d'oncle Drogo et de tante Primula à l'arrivée de la quête de Frodo. J'espère que vous apprécierez, puisqu'il ne s'agit que des mésaventures de deux jeunes Hobbits. Je vous garantis que cela va vous accrocher un sourire sur les lèvres!



Comme je ne connais pas les termes exacts des lieux et des habitants de mon pays dans votre langue, je vous prierais d'être indulgents, et de me corriger au besoin!










Comme vous l'aurez compris - ou peut-être pas - je ne suis que la traductrice, l'auteure publie en anglais sur le site Web fanfiction.net. Vous pouvez retrouver le texte originel ici :





















Si vous voulez me retrouver, en tant qu'auteure, vous pouvez aller voir ici :





Ou en tant que traductrice, ici :







16/03/2015

16/03/2015






CHAPITRE UN : La rivière sous le clair de lune






La lune brillait vivement sur la Baranduin, et éclaira les yeux sombres et peinés du jeune Hobbit se tenant sur sa berge d'un feu liquide. Cela faisait un mois depuis de que l'endeuillé de douze ans avait emménagé à Château-Brande un mois complet depuis que ses parents s'étaient noyés dans cette même rivière. Frodo se demanda s'il allait jamais s'habituer à une vie sans eux.

Pas que la vie à Château-Brande était aussi pire que cela. Son grand-père Gorbadoc, bien que si corpulent et lourd que l'étreindre revenait à encourir un danger mortel, était assez gentil, et ses nombreuses tantes étaient chaleureuses et maternelles. Quant aux cousins, il n'y en avait aucun près de son âge sauf Rosalcia, qui avait cinq ans. Là-bas, Frodo avait sa liberté, et un approvisionnement incessant en excellente nourriture, et il aurait facilement pu devenir aussi corpulent que le vieux Gorbadoc si le deuil combiné à un métabolisme rapide n'avaient pas eu leurs effets sur lui.

Bien que les faits de l'affaire ne furent jamais conus, le bruit courait que c'était les somptueux festins à Château-Brande qui avaient (indirectement) causé la chute de Drogo et Primula. Les mari et femme étaient restés à Château-Brande pour leur anniversaire de mariage et étaient sortis faire du bateau sous le clair de lune. Le bateau s'était renversé, et Drogo et Primula s'étaient noyés. On disait, de manière assez mesquine, que c'était le poids de Drogo qui avait fait chaviré le bateau.

« Et alors? », avait craché Frodo furieusement, quand Rosalcia lui avait innocement raconté la rumeur plus tôt ce jour-là. Sa véhémence avait pris l'enfant-Hobbit par surprise, et elle s'était mise à pleurer. Frodo, qui à ce moment aurait adoré frapper quelque chose ou quelqu'un au visage, la fixa pendant quelques secondes silencieuses avant de tourner les talons et de courir à toutes jambes jusqu'au bord de la rivière. Il resta là, alors que l'après-midi se transformait en soirée, et la soirée en nuit, sa colère se retirant pour laisser place à un chagrin incontrôlable.

Il voulait hurler à la lune argentée, dont l'éclat sembler se moquer de lui, de sa colère et de sa confusion. Mais tout ce qu'il pouvait faire était se tenir là, muet, les yeux secs. Finalement, épuisé, il se recroquevilla sur la berge et s'endormit.





La lune au-dessus de lui brillait de manière plus éclatante et impassible que jamais alors que Frodo se démenait vers le haut d'interminable volée de marches. Vaguement, il se demanda quel était le rapport des escaliers, mais elles devaient être importantes, puisqu'il continua à grimper.

Il prit conscience d'un bruit dans ses oreilles, comme le clapotis de la Brandevin contre ses rives, mais plus distant, et amplifié dans un grand grondement. Ses cheveux fouettaient son visage, et au-dessus de lui, inaccessible, une grande tour blanche.

Il lutta, mais alors, une forme noire passa devant la lune, et on entendit un gémissement faible et haut perché.

La conscience revint lentement. Dans ce lieu incertain entre le sommeil et l'éveil, il pensa voir un visage sans âge encadré d'une chevelure doré penché sur lui, tenant un cristal remplit de lumière dans une main,...
mais il se réveilla complètement pour se retrouver dans sa chambre à Château-Brande, et son vieux grand-père tentait sans réussir à se pencher sur lui alors que ses tantes chantaient toujours le même refrain : « si inquiètes... ne pouvaient te trouver... Dieu merci tu vas bien! ... nous pensions que... »

Les premiers rayons de l'aurore pointaient déjà à travers les fenêtres.



28/03/2015






CHAPITRE DEUX : Balade sur la Brandevin






Merry ne pouvait se souvenir de Château-Brande sans Frodo. Ses plus vieux souvenirs étaient ceux de moments avec son cousin. Frodo riant ; Frodo fâché (bien que jamais contre lui) ; Frodo clignant de l'½il en extirpant de sa poche une poignée de champignons chapardés ; Frodo, quelques semaines plus tard, se précipitant vers Château-Brande comme si tous les gobelins des Monts Brumeux étaient à ses trousses, glapissant tel un chiot après une rencontre avec le père Maggote et ses chiens ; Frodo l'emmenant faire du bateau sur la rivière Brandevin et le secourant lorsqu'il était tombé, blême et empli de remords, sa peur assez irraisonnable selon Merry, puisque ce dernier avait su nager depuis qu'il était un bambin.

Et maintenant, tout cela allait s'achever, et pour le jeune Merry de sept ans, c'était la fin du monde. L'oncle riche et singulier de Frodo, Oncle Bilbo, allait l'adopter, et dès à présent son cher cousin allait vivre à Cul-de-Sac qui, dans l'esprit de Merry, se trouvait à un millier de miles. Quand vint le temps pour Frodo de partir, le plus jeune s'agrippa à son cousin avec une poigne telle qu'il fallut les efforts combinés de ses deux parents pour le libérer, et même après que le poney et le chariot eurent disparu puis longtemps, il resta assis, fixant l'endroit où ils s'étaient évanouis avec des traces de larmes sur les joues.

Sans Frodo, Merry trouva Château-Brande commun, banal et ennuyeux. Même faire du bateau sur la rivière n'était pas aussi plaisant sans compagnon, et Rosalcia n'était pas drôle du tout. Elle le tyrannisait sans merci, était terrifiée par la rivière, et ne pouvait même pas courir pour sauver sa peau. Merry se mit à passer de nombreuses heures à explorer, souvent à des miles de la maison, dans la Vieille Forêt. La malice des arbres ne l'affectait pas, et parfois c'était comme s'ils s'apaisaient et se taisaient en sentant la présence du petit et innocent enfant-hobbit qui semblait ne jamais les considérer avec crainte ou hostilité, mais qui les acceptait comme ils étaient, s'asseyant pendant parfois des heures, rêvassant ou peignant sur un morceau d'écorce.

L'histoire commença réellement l'été de 1392, alors que Merry venait d'avoir onze ans et que Rosalcia en avait dix-sept. C'était une belle journée estivale, parfaite pour un tour de bateau.

À la plus grande surprise de Merry, ce fut Rosalcia qui lui dit :

« Pourquoi n'allons-nous pas ramer sur la rivière aujourd'hui, Meriadoc? »

Elle l'appelait toujours par son prénom complet, ce qui l'agaçait.

Dire que Merry fut surpris était un euphémisme.

« Juste tous les deux? demanda-t-il, espérant manifestement que quelqu'un de plus intéressant les accompagnerait.
- En vérité, j'ai invité quelqu'un d'autre, dit Rosalcia en gloussant, mais tu devras attendre. »

Merry fut rempli d'un espoir irraisonnable qu'il puisse s'agir de Frodo, et il parvint à peine à manger son goûter de onze heures tant il était excité. Sa déception fut profonde lorsqu'un Hobbit corpulent avec d'énormes pieds duveteux apparut, se présentant comme étant Hamer Chubb-Proudfoot-Grubb. Le jeune Hobbit estima qu'il allait faire couler le bateau. Malgré tout, une excursion dans l'un des petits radeaux de Gorbadoc sur la paisible rivière par un jour comme celui-là était trop bonne pour être manquée, alors il sourit et hocha poliment la tête lorsque Rosalcia expliqua que « le cher petit Meriadoc » allait « s'ajouter au groupe».

Le bateau tangua dangereusement quand Hamer prit place, et le plat-bord dépassait à peine le niveau de l'eau. Rosalcia, à la proue, émit un petit cri suraigu.

« Il n'y a aucune raison de s'alarmer, ma chère Rose », dit Hamer galamment. Mais, alors qu'il se penchait pour les pousser loin du rivage, une grande quantité d'eau passa par-dessus bord et entra dans le bateau. Rosalcia couina à nouveau tandis que sa robe rose se trempait.

« Je pousserai », dit Merry, impatient face à tant de bêtise. Sa légèreté ne fit aucune différence dans la barque, et en peu de temps ils étaient en route.

Hamer rama, l'embarcation craquant à chaque mouvement des rames, et Merry se jucha inconfortablement sur le côté en renflouant l'eau. Hamer conversait poliment avec Rosalcia, qui gloussait et riait, et Merry plongea graduellement dans un rêve éveillé de forêts et d'arbres et d'aventures avec Frodo et de balades en bateau sans fille gloussante ou de lourd empoté à l'avant.

Ils amarrèrent le bateau contre un chêne poussant juste à côté de l'eau et pique-niquèrent sous celui-ci. Merry s'imagina que la barque gémit de soulagement lorsque Hamer en sortit.

Hamer mangea son repas avec délectation, et ses manières, même dans les standards plutôt faibles des Hobbits, étaient excessivement affreuses. Merry fut plus qu'heureux que Rosalcia l'envoie explorer.

Il vagabonda pendant un moment, appréciant la rivière tachetée de rayons de soleil et le murmure des arbres au-dessus de lui. Il observa un martin-pêcheur plonger dans l'eau plusieurs fois avant de finalement capturer un poisson qui scintilla au soleil. Ses plumes brillaient d'une couleur bleu clair. Après ce qui lui sembla être un long moment, bien que seulement une demi-heure passa, il reprit la direction du camp de Rosalcia et Hamer.

Ils se tenaient les mains sous le chêne et se murmuraient des mots d'une voix douce. Ne voulant pas les déranger, Merry se tint là, silencieux, mais une pie sembla avoir d'autres plans. Elle cria bruyamment, et le couple pivota avec brusquerie.

Le regard que Rosalcia lui lança lui fit comprendre qu'il allait avoir des ennuis, mais pour le moment elle ne dit rien. Ils remontèrent dans le bateau et lâchèrent les amarres encore une fois.

Ils avaient parcouru la moitié du chemin les ramenant à Château-Brande lorsque le désastre se produisit. La barque, remplie au maximum de sa capacité, en eut assez. Dans un grand craquement, quelques-unes des planches de son fond se cassèrent, créant d'abord une petite fuite, puis une beaucoup plus grande. Merry sortit de sa rêverie en sursaut en entendant Rosalcia hurler.

Hamer tenta de tourner le bateau pour atteindre la rive à quelques mètres de distance de chaque côté, mais l'eau pénétrait trop rapidement. En un instant ils furent tous à l'eau - Rosalcia, Hamer, Merry et le panier de pique-nique.

Merry émergea, crachotant mais en contrôle - il était un bon nageur. Confus, puisqu'il pouvait voir un Hamer agité mais pas sa cousine, il s'apprêta à nager, mais des bras s'enroulèrent autour de lui par-derrière, et il coula.

Paniqué, Merry se démena. Il atteignit la surface. Rosalcia refit surface, gémissante. Elle allait couler à nouveau, mais Merry l'attrapa par les cheveux et la tira jusqu'à la berge. Il dut ensuite voler au secours de Hamer, qui perdait rapidement la partie contre la rivière.

Tous trois étaient trempés et exténués alors qu'ils retournaient d'un pas lourd vers Château-Brande en traînant les restes du bateau. Merry dut plonger à nouveau pour aller récupérer le panier de pique-nique et la vaisselle coûteuse qu'il contenait puisque, comme disait Rosalcia en pleurnichant tout le long, elle ne pouvait tout simplement pas faire face à Tante Hilda (de laquelle elle avait emprunté les couverts).

Merry trouva cela présomptueux et insolent que sa cousine ne soit aucunement reconnaissante qu'il l'ait aidée à se sauver de Tante Hilda, sans parler du fait qu'il les ait tous les deux tirés hors de la rivière. Pire encore, elle alla jusqu'à le blâmer, après qu'un Hamer mécontent soit partie, pour tout l'incident. Ils eurent une engueulade monumentale, et au bout du compte, en manque d'insultes, il cria au dos de la fuyard : « Tu aurais dû être une... une... une Bolger! » puis, après réflexion : « Et tu peux partir et marier ton gros joufflu pour ce que ça me fait! »

Tournant les talons, il s'enfuit, encore dégoulinant, et n'arrêta pas de courir avant d'avoir rejoint la Vieille Forêt.

Les arbres murmurèrent et s'agitèrent lorsqu'il arriva, puisque qu'il commençait à faire noir, et qu'ils étaient plus réveillés que pendant le jour. Ils semblaient répondre à sa propre mauvaise humeur. Il s'assit au pied de l'un d'eux et tenta de regagner un peu de sérénité, mais l'atmosphère ambiante rendait cela impossible. Pour la première fois, Merry sentit le mal pur émaner des arbres. Il frissonna.

Bien qu'il ne sut jamais par la suite s'il s'était agi de son imagination ou pas, il crut entendre une voix lui chuchoter de l'arbre au-dessus : « Venez, petit frère, rejoignez-nous. Vous détestez les Hobbits, n'est-ce pas? Rejoignez-nous et nous envahirons la Comté et détruirons Château-Brande... »

Merry ne sut jamais comment il sortit du bois. Il courut, haletant et trébuchant, et quand finalement il s'arrêta, il se trouvait en face d'un large portail en bois rattaché à un haut mur en briques recouvert de vignes, qui encerclait une grande maison de ferme coiffée d'un toit de chaume bas. Perdu, fatigué et affamé, Merry poussa le portail et entra.





N.T.: Voici donc le deuxième chapitre! Encore une fois, ne vous gênez surtout pas pour me reprendre, surtout par rapport aux noms d'endroits et de gens, car je n'ai jamais lu/vu le Seigneur des Anneaux en français.

NA: La scène en bateau, avec le panier de pique-nique, est inspirée de
"Le vent dans les saules".



15/04/2015






CHAPITRE TROIS : Le père Magotte






Merry était assez peu préparé pour affronter les quatre gros chiens qui se précipitèrent à sa rencontre, les poils du cou raides, grognant à l'unisson. À sa plus grande terreur, ils avancèrent vers lui et le plaquèrent contre le mur.

« Gentils chiens-chiens, gentils chiens-chiens », dit Merry faiblement, regardant autour de lui pour trouver un moyen de s'échapper. Il n'en trouva aucun. Les chiens ne se laissèrent pas berner par sa tentative de politesse, et grognèrent. Le petit Hobbit ferma les yeux, s'abandonnant pour de bon.

Soudain, la porte d'entrée s'ouvrit, et un Hobbit large, trapu et au visage rouge apparut, et au plus grand soulagement de Merry, il rappela ses chiens. L'enfant n'osa pas parler, mais ses yeux se fixèrent sur son sauveur avec un air d'imploration muet.

« Eh bien, eh bien, qu'avons-nous là? dit le fermier avec bonhomie. Un intrus, en effet, mais un très petit intrus. Tu sembles gelé, trempé et misérable, mon bonhomme. Es-tu perdu? »

La référence aux intrus, et un rapide coup d'½il aux champs environnants remplis de champignons, convainquirent Merry qu'il s'agissait effectivement du Père Magotte, de qui Frodo avait été si terriblement effrayé pendant son temps à Château-Brande. Néanmoins, aussi terrifiant avait-il pu avoir l'air pour les voleurs de champignons, il était apparemment assez gentil quand on le rencontrait en personne, et Merry décida de prendre son courage à deux mains et de parler.

« Je suis de Château-Brande, dit-il. Mais je me suis perdu en prenant le chemin de Cul-de-sac... tombé dans la Brandevin... »

Il renifla, tentant désespérément de ne pas craquer et de pleurer comme un bébé. Il lui fallut à peine quelques millisecondes pour réaliser qu'il ne pouvait envisager l'idée de retourner à Château-Brande dès maintenant, et qu'il avait besoin d'un refuge. Quelques millisecondes supplémentaires pour façonner ce mensonge. En outre, se justifia-t-il, il allait réellement aller à Cul-de-sac désormais.

Un autre visage rond apparut dans l'embrasure, un visage féminin à l'allure bienveillant. Ce doit être Mme Maggote, pensa Merry.

« Oh! mon cher, s'écria-t-elle, entre et sèche-toi! Tu ne peux pas aller à Cul-de-sac maintenant - il fera noir avant que tu n'arrives. Pourquoi n'entres-tu pas pour un temps, et après M. Magotte pourra t'emmener dans sa charrette. »

Et elle le tira à l'intérieur, ne portant pas attention à ses protestations alors qu'il mouillait tout le plancher.

Une demi-heure plus tard, Merry était vêtu de vêtements empruntés à l'un des fils Magotte, qui avait presque le même âge et la même grandeur que lui, quoiqu'il était plus corpulent, et son ventre était rempli de lait chaud pour éloigner les frissons. Il ballotait derrière les poneys dans le chariot du Père Magotte, coincé étroitement entre les deux fils du fermier.

Face à l'insistance de Merry, le Père le déposa à une bonne distance de Cul-de-sac. Le jeune Hobbit le remercia abondamment et lui promit de faire un arrêt chez lui un jour pour rendre les vêtements, ce à quoi le fermier et ses fils répondirent en ch½ur qu'il n'y avait aucune raison de s'inquiéter à ce sujet. Il marcha le reste du chemin, et cogna à la célèbre porte bosselée de Cul-de-sac.

À son soulagement, ce fut Frodo qui ouvrit. Même s'il aimait et faisait confiance à Bilbo, il aurait trouvé difficile de devoir lui expliquer ce qu'il faisait sur le pas de sa porte, dans des vêtements empruntés, à cette heure de la nuit. Frodo, cependant, comprit parfaitement au sujet de Rosalcia et des couverts. (Il ne mentionna pas le Père Magotte.)

« Malgré tout, tu n'aurais pas dû venir, reprocha-t-il à son cousin. Ils vont être inquiets à ton sujet, là-bas à Château-Brande.
- Je m'en fiche, répondit Merry. Je ne peux pas y retourner. Et si tu ne me laisses pas entrer, je dors sur le pas de ta porte. »

Frodo savait quand se replier.

« Très bien. Mais je t'en prie, ne te sauve plus ainsi sans le dire à ta mère. Elle sera tellement inquiète. »

Merry pensa qu'il exagérait mais s'abstint d'argumenter. Il savait que Frodo avait perdu ses propres parents quand il avait environ son âge, et il ne voulait pas réveiller des souvenirs douloureux. Il suivit docilement Frodo dans le couloir jusqu'au bureau d'oncle Bilbo.

« Allo Merry, mon garçon », dit Bilbo aimablement, levant le nez d'un livre d'aspect assez mystérieux.

En voyant l'air curieux de Merry, il le ferma et le rangea dans son tiroir. Le jeune Hobbit fut tout de suite déterminé à en découvrir plus à ce sujet.

Frodo capta son regard, et dit prudemment :

« Il est venu nous payer une visite, mon oncle. Je suis sûr que nous avons de quoi souper pour lui.
- Bien sûr, bien sûr. Je ne me plaindrais pas d'en avoir un peu moi-même. »

Au bout du compte, tous trois s'assirent pour ce qui fut pour Bilbo et Frodo un extravagant second souper, mais qui pour Merry fut le premier repas substantiel qu'il mangea de toute la journée. (Il aurait été impossible de rivaliser avec Hamer pour le pique-nique, et futile d'essayer.) Frodo et Merry jouèrent une partie de dames, et puis ils allèrent tous au lit.







Le soleil se leva, clair et lumineux, sur Cul-de-sac et ses trois habitants, et sur le Pays de Bouc, qui grouillait d'activité comme une fourmilière. Meriadoc, l'arrière-petit-fils du Maître du Pays de Bouc, avait disparu, et Rosalcia, qui avait été la dernière à l'avoir vu, pleurnichait quelque chose à propos de la Rivière et... de couverts? ... et une expédition des Hobbits les plus robustes du Pays de Bouc était en route pour passer la rivière au peigne fin. Personne ne pensa à contacter Cul-de-sac.

Ce fut au milieu de cette agitation que quelqu'un pensa au Père Magotte. Par conséquent, Hamer Chubb-Proudfoot-Grubb fut envoyé en toute hâte pour interroger le fermier. Pas que, « en toute hâte » était très rapide pour Hamer, puisque son poney était si exténué par son poids qu'il atteint à peine, en milieu de matinée, Bamfurlong.

« Le p'tit Merry Brandebouc? dit le Père avec surprise. Le p'tit gars mince avec des traînées d'or d'les cheveux? Mais, y'est passé par chez moi hier soir, tout dégoulinant, et a dit qu'y allait à Cul-de-sac. Alors, j'lui ai donné un tour dans la petite charrette. N'est-ce pas une belle journée? »

Hamer était trop heureux pour rester là à discuter de la météo, et une bonne demi-heure de plus fut perdue avant que le Père Magotte ne mette fin à la conversation avec : « Mais j'm'égare - tu ferais mieux de retourner à Château-Brande et dire aux gens qu'tout va bien. »

Pendant ce temps, à Cul-de-sac, Bilbo, Frodo et Merry savouraient un tranquille premier déjeuner avant que Frodo ne déclare que leur invité devait partir. Les deux autres protestèrent, mais il répliqua que son cousin devait s'en aller tout de suite après le déjeuner, et qu'il ne tolérerait aucun débat.

« Je viendrai avec toi, dit-il en privé à un Merry réticent, et je calmerai tout. Nous pouvons parler tout en montant à poney. »

C'était une autre belle journée, et les poneys de Bilbo étaient doux et rapides. Bien qu'il redoutait la rencontre avec sa famille certainement furieuse, le plus jeune des Hobbits vit son moral remonter.

Ce fut à environ un mile du pont de la Brandevin qu'ils rattrapèrent un autre cavalier, dont le poney chancelait, semblant grandement fatigué. À sa surprise, Merry reconnut Hamer.

Il se raidit et continua à avancer, mais Frodo fit un petit signe de la main à l'étranger, et malheureusement, le gros Hobbit le repéra

« Cher petit Meriadoc! Tu es hors de danger, après tout! appela-t-il. Nous étions si inquiets. Je viens d'aller voir le Père Magotte pour l'interroger à ton sujet! »

Ce fut au tour de Frodo de se raidir à ce nom, mais Merry répondit froidement :

« Alors, tu savais déjà que j'allais bien, n'est-ce pas? J'ai bien dit au Père Magotte que j'allais à Cul-de-sac. Il a été assez bon pour m'y emmener.
- Eh bien, dit Hamer assez lamentablement, c'est tout de même merveilleux de te savoir de retour sain et sauf. J'étais justement en train de retourner le dire à ta mère. »

Et si tu n'avais rien dit, rien de tout cela ne se serait produit, pensa Merry, bien qu'il n'en dit rien.

« Eh bien, dit-il, souriant aussi effrontément qu'il savait le faire, « maintenant, tu n'auras plus à le lui dire, parce que nous allons arriver avant toi. Allez, Frodo!
- Merry! s'exclama Frodo, scandalisé. Nous ne ferons rien de la sorte! Nous pouvons faire le chemin tous les trois ensemble... »

Mais Hamer, dans son grand ressentiment, s'était tourné, et entamait déjà son propre retour à la maison.

« Eh bien, Merry, tu as bien fait ça! s'exclama Frodo avec exaspération. Comment suis-je censé recoller les morceaux, je te le demande!
- Je ne veux pas recoller les morceaux! bouda le plus jeune. Je vais me débrouiller parfaitement comme ça. »

Il planta ses talons dans les flancs de son poney, et l'animal, en s'ébrouant, se mit au galop.

Frodo s'apprêtait à le pourchasser, mais son côté rationnel prit le dessus. Il laissa le jeune garçon s'en aller. Cela lui ferait du bien de laisser s'échapper la vapeur. Il ne savait que trop bien comment son cousin se sentait : ce que le petit Hobbit traversait maintenant avait été sa vie après la mort de ses parents. Bien sûr, ses parents à lui étaient toujours en vie, mais Merry était têtu et impulsif, et n'était pas toujours en bons termes avec eux.

Ce dernier l'attendait à quelques miles de Château-Brande. La lâcheté l'avait frappé, et il n'avait pas vraiment osé affronter seul la tempête qui allait sûrement s'abattre sur sa tête. Il offrit à Frodo un regard toujours boudeur et pas tellement repentant, se demandant s'il allait devoir s'excuser.

« Plus besoin d'en parler, mon petit, dit Frodo gentiment en voyant son dilemme. Je sais ce que ça doit être pour toi. Allons faire face à ta mère, d'accord? »

Il traîna dans le coin pendant un moment, refusant toutes les offres de goûter de onze heures, et bientôt, il prit tranquillement congé. Il rencontra la mère de Merry dans le hall, toujours blême et tremblante de sa nuit d'inquiétudes, et la prit à part. Il avait été proche de tante Esmeralda pendant sa jeunesse au Pays de Bouc, et avait confiance qu'elle ne serait pas offensée par ce qu'il s'apprêtait à lui dire. Il ouvrit la bouche, mais elle le devança.

« À propos de Merry... ne pense pas que je suis agacée qu'il soit si proche de toi. Il est beaucoup trop aventureux pour un Hobbit, et je crois que tu as une bonne influence sur lui. Ce n'est pas la première fois qu'il se sauve ainsi après une chamaillerie, et tant que je sais qu'il va vers toi...
- Merci de ta confiance, tante Esmeralda, dit Frodo gravement. Bien que, en réalité, peu importe où il va, il ne m'avait jamais rendu une visite surprise avant. Je crois qu'il aime explorer la Forêt, bien qu'il ne me l'ait jamais dit dans ces mots. D'une manière ou d'une autre, il prendra soin de lui-même - il l'a toujours fait. Je suis désolé de ton inquiétude.
- Il a toujours été un garçon indépendant, soupira la mère. Bien, bien, nous ne devons pas te retenir, mon cher Frodo - M. Sacquet, devrais-je dire. Seigneur, comme tu as grandi! Viens visiter convenablement bientôt, d'accord? »

Elle l'accompagna jusqu'au portail, où il remonta sur son poney et s'en alla, en conduisant le deuxième poney.







En fait, Merry ne se sauva plus jamais à Cul-de-sac pour trouver du réconfort. Il rendit de nombreuses visites imprévues, mais celles-ci consistaient toujours en de bons moments pour tout le monde, et il informait toujours Esmeralda d'où il allait.

Merry était heureux. Il voyait très peu Rosalcia désormais (il soupçonnait qu'elle visitait Hamer), et lorsqu'il voulait de la compagnie, il se rendait à Bamfurlong. Avec Hans, Hanno et Rollo, les fils du Père Magotte (le bébé, Hobo, était trop jeune pour faire quoi que ce soit), il explorait les merveilles d'une ferme, des bottes de foin qu'on pouvait faire glisser (quand le père avait le dos tourné), aux chiens de bétail, avec leurs oreilles dressées et leur langue rouge dégoulinante, qui sortaient les patientes vaches laitières de leur sommeil pour qu'elles se fassent traire. (Mme Magotte et ses trois filles, Hannah, Dandelion et Dora, s'occupaient de la traite.)

C'était l'automne. Les jours de joyeuse insouciance de l'été étaient envolés, remplacés par l'angoissant emmagasinement de provisions contre l'hiver. Cette saison, dans la Comté, était ennuyeuse, pas même soulagée par l'avènement de la neige, dans laquelle les jeunes Hobbits pouvaient jouer - seulement sur les hautes landes du Quartier Nord, reculé et peu peuplé, tombait la neige de manière assez forte pour permettre le sport.

Un jour, la mère de Merry le prit à part.

« Je sais que tu as beaucoup visité les Magotte dernièrement, Merry chéri, mais je vais devoir te demander ne pas le faire aussi souvent pendant l'hiver. C'est un moment difficile pour eux, bien qu'ils semblent si joviaux et accueillants, et ils n'ont vraiment pas beaucoup de réserves. Ce sera un dur hiver, dit-on. Et si tu vas là-bas de temps à autre, dis-le-moi et je préparerai un petit quelque chose que tu puisses emporter. Tu comprends, n'est-ce pas?
- Bien sûr, répondit Merry. Mais puis-je inviter Hans à venir ici de temps en temps? Il va affreusement me manquer.
- Nous verrons. Tu peux toujours visiter Frodo, tu sais. Que penses-tu d'aller à Cul-de-sac pour deux semaines?
- Ce serait formidable, maman! Il faut seulement que j'empaquette mes affaires. »

Merry déguerpit avant qu'Esmeralda ne puisse lui dire qu'il ne partirait pas avant quelques jours encore.







Cul-de-sac était toujours le même, tout comme ses habitants. Frodo, malgré tout, était un peu plus grand et un peu plus robuste, et Bilbo était pareillement plus corpulent, mais pas le moins du monde plus grand. Mais, cela mis à part, le vieux trou était, comme toujours, chaleureux, réconfortant et attrayant.

Pour Merry, cependant, il contenait une nouvelle intrigue. Il était rongé par la curiosité sur le livre qu'il avait vu sur le bureau de Bilbo pendant sa visite plus tôt dans l'année. Quelque chose semblait lui dire depuis le début que c'était important, et le remarquable secret de Bilbo et Frodo sur le sujet renforçait son impression.

Il l'avait mentionné nonchalamment dans une conversation avec Frodo, et avait été choqué par la réaction du plus vieil Hobbit. « Tu... tu l'as lu? » bredouilla-t-il. Il semblait assez paniqué.

« Non, non, je l'ai seulement vu sur le bureau d'oncle Bilbo, et je me demandais de quoi cela parlait », avait rapidement dit Merry, à son tour alarmé.

Frodo avait pris une grande inspiration, et avait semblé se calmer.

« Des trucs de famille, Merry... C'est confidentiel.
- Oh », avait fait l'autre, et il avait changé de sujet.

Bien que le plus grand désir de Merry fût de pouvoir jeter un autre coup d'½il au livre, l'opportunité ne se présenta pas avant que les deux semaines soient presque terminées. Frodo et lui étaient sortis presque tout le temps, souvent en compagnie de Sam Gamegie, qui venait avec son père (communément appelé l'Ancien) pour aider au jardinage, après quoi Bilbo persuadait son père de le laisser avoir du plaisir avec « les gamins ».

Sam avait un an de moins que Merry, c'était un jeune Hobbit solide avec des doigts déjà calleux à cause du jardinage. Merry le trouvait agaçant, car il n'avait aucun amour des bateaux et semblait n'avoir qu'un très faible sens de l'humour. Il était évident, cependant, qu'il adorait Frodo, alors il le tolérait. Il suspectait, néanmoins, que le fils de jardinier était plus que jaloux de lui.

Frodo était presque comiquement inconscient du ressentiment entre ces deux-là. Il était totalement préoccupé à apprendre des connaissances elfiques, et la plupart du temps il ne se joignait pas à Sam et Merry dans les activités dans lesquelles ils s'engageaient, quelles qu'elles soient, choisissant plutôt de tomber dans des rêves éveillés d'Elfes et de dragons et de hautes tours de Númenor. Lors des jours durant lesquels les cousins restèrent à Cul-de-sac, et que Sam n'était pas présent ou qu'il travaillait dans le jardin, Frodo se retirait presque toujours dans le bureau de Bilbo, alors Merry ne pouvait jamais espérer se glisser à l'intérieur sans se faire remarquer.

Sa chance tourna le jour avant qu'il doive partir. Son cousin et lui étaient dans le bureau, comme à l'habitude, et Bilbo était sorti faire quelques visites de courtoisies ou d'autres types. Un coup retentit à la porte, et Frodo alla y répondre. Au lieu de le suivre, tel qu'il l'aurait normalement fait, Merry rampa par-dessus le bureau et ouvrit le tiroir du dessus.

Il reconnut immédiatement le grand volume de cuir posé à l'intérieur. Le c½ur battant vite, il l'en sortit, l'ouvrant à la page titre. On y lisait :

« Mon journal. Mon voyage inattendu.

Un aller et retour. Et ce qui arriva ensuite »

La première ligne étaient biffée, mais la seconde, écrite d'une main fine et en pattes de mouche, était demeurée intacte. La tête de Merry tournoyait. La Comté au grand complet avait entendu parler de la déshonorante aventure de Bilbo qui datait de quelques années, et ceci, semblait-il, était un compte rendu de son voyage! Le Hobbit tourna la page.

« Chapitre 1.

Une réception inattendue.

Tout commença un excellent matin de mai, lorsqu'un Hobbit du nom de Bilbo Sacquet se tenait hors de son trou, dont le nom était Cul-de-sac. Je peux aussi ajouter qu'il s'agit d'un trou excessivement confortable.

Je suis Bilbo Sacquet, et Bilbo Sacquet est moi, et ceci est le récit de comment j'eus une Aventure, à l'âge de cinquante ans, l'année étant 1341... »
[1]

Merry dût arrêter à cet endroit et hâtivement ranger le livre à sa place, car des voix venaient du hall, et celles de leurs invités comme de Frodo étaient élevées par la colère.

« Ceci n'est pas votre maison, Mme Sacquet-de-Besace! »

Merry sourit ironiquement. De la parenté pénible - il compatissait avec cela.

« Et quel dommage! Ce le serait si tu ne t'étais pas pointé!
- Vous n'êtes même pas un Sacquet! »

C'était une voix d'homme, probablement le mari de ladite Mme Sacquet-de-Besace.

« S'il vous plaît, accordez-moi donc l'honneur de vous escorter dehors. »

C'était Frodo de nouveau, froidement poli. Son jeune cousin décida que c'était le moment de faire une apparition.

« Tu es prêt à partir? J'ai tout emballé », lança-il à Frodo.

Ce dernier fut perplexe, et à juste titre. Son cousin maudit intérieurement tous les naïfs Sacquet. Il envoya à Frodo un regard qui disait : « Joue le jeu, c'est pour ton bien. » et heureusement, il comprit.

« Oui, donne-moi juste une minute. Comme vous pouvez le voir, nous avons un visiteur en ce moment. Je suis terriblement navré, mais je dois en effet sortir bientôt. Sentez-vous bien à l'aise de rester et de faire usage de notre théière... et de nos cuillères », ajouta-t-il après réflexion.

C'était une sorte de blague à part entre Bilbo et son neveu aux dépens de Lobelia, laquelle Bilbo soupçonnait d'avoir acquis quelques-unes de ses meilleures cuillères en argent dans la vente aux enchères suivant son Aventure et « sa mort présumée ». Merry ne savait rien de tout cela, mais il sourit gentiment.

« Oui, faites cela », pressa-t-il.

Les Sacquet-de-Besace étaient livides de rage. Ils marchèrent vers l'extérieur aussi majestueusement qu'un Hobbit courtaud et un autre filiforme pouvaient le faire. Frodo et Merry se regardèrent et éclatèrent de rire. La porte de devant claqua.

« Merci, Merry, ça m'a sauvé la vie, dit Frodo entre des gloussements. Je suis chanceux d'avoir un cousin aussi vif d'esprit. Maintenant, je crois que l'on serait mieux de sortir quelque part pour rendre cela vrai.
- Mais que voulaient-ils? demanda Merry, perplexe. Et pourquoi les hais-tu autant?
- Tu les as entendus. Ils sont un déshonneur au nom des Sacquet. Tout ce qu'ils veulent est le trou de Bilbo, et par les Valars, ils ne l'auront pas!
- Les Valars?
- Oh, des trucs elfiques. Peu importe.
- Alors, dit le plus jeune alors qu'ils partaient, racontes-moi l'histoire des cuillères. »







N.A.:[1]Basé sur Bilbo le Hobbit. Les passages du Livre Rouge seront basés sur Le Hobbit et sur Le Seigneur des Anneaux, ainsi que quelques dialogues. Généralement, les dialogues seront empruntés, et je remplirai les descriptions.

N.T.: Je fais de mon mieux pour traduire ces passages, mais comme je ne possède pas les livres en français, j'y vais à peu près. Je fais la traduction selon ce qui me semble le plus beau avec la version anglaise présentée dans la fanfiction. :)




17/05/2015






CHAPITRE QUATRE : Un nouveau et inattendu malheur






C'était maintenant la fin de décembre. Le vent soufflait, mordant et froid, et le ciel était gris. Au-dessus de Château-Brande planait la sévérité du deuil. Gorbadoc, le vieux Maître du Pays de Bouc, était mourant. Le glacial hiver avait eu raison de ses poumons déjà défaillants, et même tous les soins affectueux que les Hobbits savaient si bien conférer ne pouvaient faire plus que retarder l'approche rapide de la Grande Faucheuse.

Frodo se trouvait avec Merry à Château-Brande. Il était arrivé la veille pour offrir ses derniers hommages au grand-père qui l'avait hébergé durant les contrecoups de la mort de Drogo et Primula. Il était plus distant et renfermé que jamais, ce qui préoccupait grandement Merry, au point où il le surveillait continuellement, allant même jusqu'à rester éveillé la nuit, à l'affût de bruits de pas qui indiqueraient que Frodo arpentait sa chambre, insomniaque.

Une nuit, le plus âgé des cousins se réveilla en sursaut. La pleine lune illuminait sa chambre dans un semblant de jour grisonnant, et elle scintillait froidement dans le miroir face à son lit.

Quelque chose à propos de la lune et de l'immobilité de la nuit remplit son c½ur d'un mauvais pressentiment. Sous une lune semblable s'étaient noyés ses parents, treize ans plus tôt, et sous une lune semblable s'était-il tenu, malheureux, près de la rivière. Il tenta de faire passer son impression pour une superstition, mais plus il tentait de l'ignorer, plus elle grandissait. Au bout du compte, il s'habilla et descendit doucement dans le hall jusqu'à la chambre de Gorbadoc.

Le vieux Hobbit était allongé dans son lit, immobile, son torse se soulevant et s'abaissant paisiblement. Tout semblait bien. Agacé de sa propre paranoïa, Frodo se tourna pour partir, mais soudain, son grand-père ouvrit les yeux.

« Grand-père, dit Frodo avec douceur, s'agenouillant près du vieux Hobbit. Pardonne-moi si je t'ai réveillé. »

Il voulait dire : « Je suis venu dire au revoir. » mais il savait qu'il ne devait pas. Il y avait peut-être encore de l'espoir.

Il ignorait pourquoi il ressentait tant de douleur à l'idée de la disparition de son grand-père. Il était âgé – cent-vingt-sept ans – il était temps pour lui de se reposer. Il savait qu'un jour, de l'autre côté de la Mer, il reverrait le vieux Hobbit. Mais, chez les Hobbits, les liens familiaux sont forts, et pour Frodo s'ajoutait la proximité que ne pas avoir ses propres parents avait apportée entre lui et Gorbadoc alors qu'il n'était qu'un jeune enfant solitaire à Château-Brande.

Le Maître du Pays de Bouc mourant semblait avoir lu dans l'esprit de son petit-fils.

« Frodo... tu es venu dire au revoir. Pourquoi... ne le fais-tu pas ? »

Le visage de Frodo se crispa.

« Chut, tu dois te reposer. Je vais appeler tante Esmeralda.
-Non ! »

Le Hobbit le plus âgé soutint son regard.

« Au revoir, Frodo... mon petit-fils. »

Frodo était silencieux, et dans un murmure l'autre ajouta :

« J'attendais... seulement... la nouvelle année... »

Et sur ces mots, Gorbadoc, le Maître du Pays de Bouc, poussa son dernier souffle.

C'était le 2e jour de Yule, 1393.

Un bras s'enroula autour des épaules de Frodo, et il sentit une touffe de cheveux bruns frisés contre sa joue.

« Frodo. Est-ce que ça va ?»

Merry.

« Il est mort, articula-t-il.
- Je sais.
- Il ne peut pas être mort.
- Je suis là.
- Il faut réveiller la maison.
- Ça peut attendre un petit peu », dit Merry doucement.

Frodo pleurait silencieusement, le visage détourné. Par respect, son cousin se leva et quitta la pièce, se dirigeant vers la chambre de ses parents. Ils parlaient à voix basse, et il comprit quelques mots.

« Il sera dévasté... »

La voix de son père était un murmure grave. Parlaient-ils de lui ou de Frodo ?

« ... après la mort de ses parents, il était si...
- ... Oui...
- Seras-tu capable de le laisser aller, Saradoc, mon chéri ? »

La réponse de son père fut inaudible.

Merry héla, sa voix chevrotant dans l'obscurité.

« Maman ? Papa ? Il s'est passé quelque chose ! »

Le visage pâle d'Esmeralda apparut si près de lui qu'il sursauta.

« C'est grand-père, n'est-ce pas ? »

Il acquiesça en silence.

« Saradoc ! appela-t-elle. Réveille la maison ! »

Le père de Merry apparut en chemise, en étonnante possession de ses moyens. Il alluma l'une des grandes lanternes du hall, et le passage sombre s'illumina. Bientôt, tout le Château fourmillait d'activités.







De retour dans sa chambre, Frodo pleurait.

« Pourquoi dois-je perdre tout le monde ? répétait-il encore et encore.
- Tu ne m'as pas perdu, moi », fit remarquer une voix calme depuis l'embrasure de la porte.

Frodo fit volte-face.

« La peste, Merry ! Pourquoi apparais-tu toujours ainsi ?
- Tu n'as pas à être embarrassé, tu sais, dit Merry de manière évidente. Veux-tu m'en parler ?
- C'est comme si j'étais maudit, dit Frodo sombrement. Le prochain pourrait être toi, ou Oncle Bilbo.
- Oh ! ne sois pas ridicule, Frodo ! L'arrière-grand-père Gory avait cent-vingt-sept ans. Lorsque j'atteindrai cet âge, personnellement, je serai heureux de partir. Le fait est que je ne le suis pas, et Bilbo non plus. »

Le jeune Hobbit aux boucles brunes eut un sourire assez pâle.

« Je suppose que non.
- Viens, dit Merry, sentant que ce que son cousin avait besoin, c'est de parler. Parle-moi de l'époque où tu as grandi ici, avant que je n'arrive. »

Les deux cousins parlèrent jusqu'au lever du jour.







Bilbo arriva tôt le lendemain, pour rendre ses hommages au Maître décédé, qui avait été l'un de ses amis intimes. Il trouva le Château agité, semblable à ce qu'il avait été lorsque Merry s'était enfui plus tôt dans l'année.

Cherchant un peu de paix et de tranquillité, il prit le chemin de la chambre de Frodo, et trouva ce dernier et Merry qui parlaient tranquillement. Tous deux relevèrent la tête alors qu'il entrait.

« Alors, comment tiens-tu le coup, mon garçon ? » demanda-t-il à Frodo en lui caressant l'épaule.

Autrefois, Merry aurait été jaloux, mais maintenant, à sa surprise, il ne trouva rien de plus dans son c½ur que de la compréhension.

« Bien, merci, mon oncle, répondit l'autre. Mais je suis heureux que tu sois là. »

Il remarqua que Bilbo semblait assez las et fatigué.

« Comment vas-tu ?
- Toute la maison grouille comme une fourmilière, grommela le plus vieux Hobbit. Les foules me tapent sur les nerfs. »

Frodo savait pourquoi. Bilbo venait tout juste de finir dans son livre le récit de sa captivité chez une horde d'Orcs. On n'avait pas besoin de se demander pourquoi son oncle devenait un peu paranoïaque face à un grand nombre de gens, Orcs ou autres.

« Viens donc, Oncle Bilbo, nous pouvons prendre une marche dans le jardin. J'aimerais un peu d'air frais aussi », proposa Merry. Son cousin était vraiment effroyablement perspicace, pensa Frodo. Il était certain que c'était nouveau, mais ce qui l'avait causé, il l'ignorait.

Tous trois sortirent ensemble. Les plus vieux marchaient devant, parlant tranquillement, et Merry suivait, sentant que les autres apprécieraient une petite conversation privée. Du givre craquait sous ses pieds velus – comme des larmes gelées, pensa-t-il soudainement. Un jour, il devrait peindre ce jardin glacé, ce monde de blancheur.

Les voix de ses compagnons s'étaient évanouies alors qu'ils marchaient de plus en plus loin devant lui (c'était un grand et magnifique jardin, plus un parc, en fait) et Merry s'était enfoncé de plus en plus dans sa rêverie. Maintenant, cependant, une voix plus perçante et moins bienvenue le fit sursauter et regarder prudemment autour de lui. Sa cousine Rosalcia et le potelé Hamer s'en venaient côte à côte sur le sentier, vers lui.

« Meriadoc ! s'exclama-t-elle dans une sorte de plainte lugubre qui écorcha désagréablement ses tympans. N'est-ce pas affreux ! Pauvre, pauvre grand-père Gory ! »

Et elle fondit en larmes sur son épaule sans un mot de plus.

Frodo avait fait la même chose la veille, mais ce que Merry ferait volontiers pour son cher cousin, il n'était pas disposé à l'appliquer pour celle qui avait été la malédiction de sa vie depuis qu'il avait sept ans. Alors, il lui tapota assez durement le dos pour qu'elle recule par inconfort, et elle se rabattit sur Hamer à la place. Merry s'éclipsa, l'autre Hobbit le regardant avec une expression on ne peut plus désespérée.







Le souper au Château fut pire encore. Saradoc et Esmeralda conversaient avec Bilbo au sujet du vin, tous trois forçant une gaieté qu'ils ne ressentaient pas. Frodo et Merry mangeaient en silence côte à côte, bien que le cadet, lançant des regards de biais anxieux à son cousin tout du long, remarqua que Frodo mangea très peu. Rosalcia était larmoyante, mais quand Hamer tenta de la réconforter, elle bondit de son siège avec un air dégoûté et sortit de la pièce en coup de vent, laissant un silence embarrassé derrière elle. Manifestement, les deux amoureux avaient eu quelques difficultés.

Hamer joua avec sa serviette en regardant nerveusement autour de lui, et finit par se lever et quitter à son tour.







Les funérailles avaient lieu le lendemain. Les Hobbits portent du vert lors d'obsèques – une vieille tradition, sa signification ayant été oubliée depuis longtemps, de nos jours.

Frodo redoutait de craquer à nouveau lors de la cérémonie, mais avec Merry et Bilbo à ses côtés, il fut capable de garder le contrôle sur ses émotions. C'était le vieux Hobbit qui devait continuellement se moucher. Le premier posa une main réconfortante sur son épaule.

Rosalcia, vêtue de sa plus belle robe verte, sanglotait encore. Elle avait écrit un court poème en mémoire de son arrière-grand-père, mais était trop submergée par ses émotions pour le réciter, alors Rory s'en empara et le lut. Frodo était agacé de sa sentimentalité et de se mauvaises rimes, mais il ne pouvait s'empêcher de ressentir, à contrec½ur, de la sympathie pour son malheur. Merry, par contre, qui avait remarqué qu'elle n'était pas assise avec Hamer, mais avec certaines de ses cousines, soupçonna que son chagrin était dû à sa querelle avec son amoureux plus qu'à tout amour pour son grand-père, et pour cela, il la détesta plus que jamais.

Lorsque la cérémonie fut terminée, Frodo s'extirpa de la cohue dès que ce fut décemment possible, et attendit avec Merry à une certaine distance de la foule de Hobbits sympathisants qui leur auraient offert leurs condoléances s'ils avaient pu les trouver – la dernière chose que tous deux souhaitaient à ce moment.

Soudainement, Frodo haleta, et avant que Merry puisse même se retourner, et s'était tourné et engouffré sans cérémonie dans la haie la plus proche.

« Pour l'amour du ciel, Frodo ! dit Merry. Qu'est- »

Il s'arrêta net. Lui aussi avait vu les Sacquet-de-Besace arriver, une heure en retard, en bas de la route. Sans hésiter, il plongea dans la haie à côté de Frodo. Aucun d'eux n'avait le moindre désir de rencontrer à nouveau cette désagréable parenté.

Après un moment, Bilbo apparut, semblant énervé et furieux et marmonnant quelque chose à propos d' « insupportables Hobbits ».

« Était-ce les Sacquet-de-Besace, mon oncle ? demanda Frodo avec sympathie. Vous auriez dû venir vous cacher avec nous.
- Oui, j'aurais dû, répondit Bilbo avec mauvaise humeur. À des funérailles, me harceler à propos de Cul-de-Sac ! J'ai bien pensé enfoncer ma canne dans la gorge suffisante d'Otho ! »

Il continua à rouspéter avec colère durant tout le chemin jusqu'à Château-Brande.







N.A.:En passant, l'idée que les Hobbits portent du vert à des funérailles est entièrement mon idée, et est probablement explicitement contredit à quelque part dans les vastes textes de Tolkien. J.R.R. et tous les « die hard » fans : Je suis désolée, mais le vert est ma couleur préférée, en plus d'être assez symbolique, et je ne pouvais résister!


N.T: Hullo tout le monde! Je suis désolée de laisser autant de temps entre mes publications (près d'un mois!), mais ces temps-ci, c'est un peu fou à l'école! D'autant plus que je dois aussi gérer mon autre blog... Je m'excuse! Mais l'été est presque arrivé (youpi!) et là, je pourrai être plus présente.

PS: Pas touche au montage sans ma permission, il est de moi! x)

28/06/2015





CHAPITRE CINQ : Des visiteurs, plaisants et autres




N.d.A. : Ce chapitre est un peu un « bouche-trou ». Pourquoi l'écrire tout court, pourriez-vous demander? Eh bien, je voulais juste vouer un chapitre à quelques questions qui ont été soulevées par la narration - dont la date de décès de Gorbadoc - et voir à quoi ça pourrait ressembler d'écrire en tant qu'Historienne hobbitique un peu zélée et bavarde. Il y a même une section où je vous préviens de ne pas lire si vous n'êtes pas intéressé par ce genre de choses. Mais, espérons, quelques partie de ce chapitre valent la peine d'être lues, surtout celle où Lobelia... SPOILERS!

N.d.T. : Voyons voir de quoi ç'a l'air!





Frodo et son oncle retournèrent à Cul-de-Sac quelques jours plus tard, espérant avec ferveur avoir dit leur dernier mot à Lobelia et Otho. Ils parlèrent de sujets divers alors qu'ils chevauchaient, et abordèrent éventuellement celui du livre de Bilbo. Ce dernier venait d'atteindre le chapitre où il prenait son Anneau à Gollum.

« Mais je ne pense pas mettre cela, disait-il. C'est trop... bien... secret, tu sais, Frodo, mon garçon.
- Bien, le livre entier est secret, non? dit Frodo. Je veux dire, je suis le seul qui l'a jamais lu, mis à part toi. Et par ailleurs, si tu l'abandonnes, alors... Eh bien, c'est une histoire intéressante, et ce serait dommage.
- Non, mon idée est faite, trancha Bilbo avec une sévérité inhabituelle.
- Très bien, mon Oncle. »

Frodo savait quand capituler.

« Mais raconte-moi l'histoire à nouveau. Il n'y a personne sur la route, et encore plusieurs miles avant Hobbiton. »

Bilbo commença :

« Quand je me réveillai, tout était complètement noir autour de moi. J'aurais pu tout aussi bien ne pas avoir ouvert les yeux, Frodo, mon garçon, il faisait si noir. Je tâtonnai un peu autour dans l'obscurité, puisque les Goblins étaient tous partis et, alors que je rampais sur les mains et les genoux, devine sur quoi je mis ma main?
- Quoi, mon Oncle? »

Frodo le savait bien, mais c'était comme un rituel, chaque fois. Bilbo dirait : « Devine ce que je trouvai? » et Frodo dirait : « Quoi? » et ensuite Bilbo continuerait l'histoire.

« Ça ressemblait à un anneau - un anneau de métal froid. Je crus que cela pourrait être utile, alors je le mis dans ma poche. Malgré tout, c'était froid et humide et misérable là-dedans, et je commençais à avoir faim. Je ne fis que m'asseoir et penser à des ½ufs et du bacon et à mon charmant trou de Hobbit, si loin, et je devins de plus en plus misérable. Et alors, je remarquai que je n'avais même pas d'allumette pour ma pipe, et je me sentis encore plus misérable. »

Il fit une pause, attendant un commentaire.

« Pauvre Bilbo, » dit Frodo, mais il souriait.

C'était un autre rituel pour eux. Bilbo toussa.

« Ahem. Eh bien, je me mis à tâtonner autour un peu, et je découvris que j'avais toujours mon épée, alors je la dégainai et me levai, et j'avançai. J'avançai, toujours plus loin, et j'étais toujours affamé et faible, alors l'allure était assez lente. J'étais sur le point de perdre espoir, mon garçon, quand splash! je mis le pied dans l'eau jusqu'à la cheville, et elle était atrocement froide.

»Cela me fit arrêter et réfléchir. Je n'osais pas aller plus loin, car que faire si je tombais au-delà de ma portée, et me noyais? Et ce fut à ce moment que j'entendis une voix. C'était une voix horrible, grinçante et sifflante, et elle me fit frissonner. »

Frodo, qui chevauchait à ses côtés, frissonna également d'une délicieuse anticipation. C'était une histoire qu'il aimait toujours, bien qu'à vingt-quatre ans il aurait dû être trop vieux pour des contes de fées.

« “Par ex-s-s-semple, que je s-s-ois tout éclabous-s-sé, mon présssieux ! dit-elle. À c-c-ce que je vois, voici un fes-s-stin de choix ; au moins un morceau s-s-savoureux, gollum !”

» J'étais terrifié. Peu importe ce qu'était cette chose, elle avait une voix diabolique et des yeux pâles et lumineux - que pourrait être pire? Malgré tout, le côté Tookien en moi était fort, et donc je brandis Dard en face de moi et criai : “Qui êtes-vous?” bien que je ne me sentis pas du tout courageux.

“Qu'essst-il, mon présssieux?” dit Gollum, sinistrement.

- Je suis M. Bilbo Sacquet, dis-je. J'ai perdu mes Nains et j'ai perdu le Sorcier, et je ne sais pas où je suis ; et je ne tiendrais pas à le savoir, si seulement je pouvais sortir d'ici.
- Qu'est-cce qu'il a dans ses mains? demanda Gollum.
- Une épée, dis-je, aussi férocement que je le pus.
- Sssss” fit Gollum, et je me sentis assez soulagé, puisqu'il s'éloigna un peu de moi, et je me sentis bien plus sûr. “P't-être que tu restes là à bavarder avec ça un peu, mon présssieux. Ça aime peut-être les énigmes, p't-être oui ?
- Très bien, dis-je, pas tout à fait soulagé. Mais vous commencez.

» Alors, Gollum siffla :

“Qui est plus grand que les arbres,
Qui monte, qui monte,
Et pourtant ne pousse jamais ?”

- Une montagne! dit Frodo en riant. Et toi, cher oncle fou, tu lui dis que c'était facile, et il vous fait avoir une compétition.
- Il l'a fait, mon garçon. Mais je vais te raconter le reste à l'intérieur, avec une pipe, car nous sommes arrivés. »

Ils mirent pied à terre. Bilbo devança Frodo dans la salle de séjour et laissa échapper un halètement horrible.

Le c½ur de Frodo remonta dans sa gorge. Toutes ses craintes antérieures revinrent. Peut-être que sa malchance infernale avait frappé à nouveau. Il se précipita dans la pièce. « Bilbo! Est-ce que ça va? » Et se retrouva face à face avec Lobelia Sacquet-de-Besace, assise calmement dans le sofa préféré de Bilbo.

Ce fut au tour de Frodo de haleter.

« Que faites-vous ici? glapit-il, indigné. Vous vous servez dans les cuillères de Bilbo? »

Bilbo, quoique clairement furieux lui-même, darda le plus jeune Hobbit d'un regard réprobateur.

« La question de mon neveu est valable, Mme Sacquet-de-Besace. Vous n'avez aucun droit de vous inviter dans les trous des autres.
- Alors, vous auriez dû verrouiller la porte principale. En ce qui concerne mon honnêteté, l'idée qu'elle puisse être différente est absurde. Est-ce que je ressemble à un vulgaire voleur?
- Oui! lâcha Frodo furieusement. Ou du moins vous agissez comme tel. Depuis quand de bienséants Hobbits respectueux de la loi doivent verrouiller leur porte par crainte d'un cambriolage? »

Il commençait à s'essouffler et se mit à postillonner.

« Eh bien, puis-je vous rappeler que vous avez à un moment cru le rôle d'un “vulgaire voleur” parfaitement honorable? Si vous vouliez que les gens agissent avec une décence honorable, alors vous n'auriez pas dû partir à l'Aventure. Ou, mieux encore, vous n'auriez pas dû revenir! »

La voix de Lobelia avait monté jusqu'à devenir un cri perçant. Bilbo était d'un blanc cendreux, par rage ou par peur Frodo l'ignorait. Toute sa retenue s'était envolée.

« Vous avez lu mon livre, n'est-ce pas? dit-il d'un ton meurtrier. Comment sinon savez-vous au sujet de mon Aventure, et de mon rôle en tant que Cambrioleur? Espèce de voleuse, fouineuse, opportuniste... pruneau!!
- Bilbo, s'il te plaît, » dit Frodo, craintif, en effet, que son oncle ne soit amené à la violence physique ; mais Bilbo s'était affalé faiblement sur une chaise.

Le jeune Hobbit se tourna vers Lobelia.

« Je crois que vous devriez partir, chère madame, dit-il d'une voix lourde de sarcasme. Et, la prochaine fois, cognez avant d'entrer. »

Il tira Bilbo, qui était toujours stupéfait de la situation autant que de sa propre violence, jusque dans le bureau et claqua la porte, la verrouillant de l'intérieur. Lobelia frappa futilement dessus pendant un moment, débitant les mots les plus proches à des jurons que ce que les Hobbits s'approchaient, avant de partir en piaffant de rage. D'après les bruits de fracas qui pouvaient être entendus dans son sillage, elle avait endommagé quelques articles ménagers dans l'opération.

« Je reviendrai, M. Cambrioleur! » hurla-t-elle d'une voix qui, ils étaient sûrs, avait pu être entendue par la totalité de Hobbiton, et elle claqua la porte d'entrée.

Après avoir attendu quelques minutes, Frodo ouvrit prudemment les verrous et ouvrit la porte. Il sortit Bilbo jusque dans la salle à manger et lui prépara un peu de thé. Le vieux Hobbit était toujours en état de choc, et ne faisait que répéter « Ciel, oh! ciel, oh! ciel » pendant un bon moment, jusqu'à ce que ses plaintes soient étouffées par des gorgées de thé. Après avoir bu cinq tasses consécutives, il se raviva suffisamment pour s'horrifier.

« Et maintenant qu'elle a lu mon livre, bonté, qui sait quelle rumeur elle fera courir sur moi, » grommela-t-il.

Frodo caressa sa main d'une manière réconfortante, et lui présenta une sixième tasse.

« Je crois, mon cher Bilbo, que vous allez vous apercevoir que Lobelia ne fera courir aucune rumeur à votre sujet, du moins pour le moment, » dit une voix grave derrière eux.

Frodo fit volte-face ; Bilbo, buvant toujours, fut moins fructueux, il s'étouffa et ne put arrêter de crachoter pendant quelques temps.

« Gandalf? » tenta Frodo, incertain.

Il avait simplement entendu parler du Magicien, et ne l'avait jamais vu.

« Toujours le même, Maître Sacquet. Ravi de vous rencontrer, et bon matin.
- Ravi de vous rencontrer, » dit Frodo, s'inclinant.

Il y avait un air de majesté entourant l'étranger qui ne pouvait pas même être couvert par sa robe grise en lambeaux. Le vieil homme était d'une taille moyenne (bien qu'il dominât les deux Hobbits) et possédait une longue barbe grise ainsi que des yeux clairs et perçants. Mais il avait un sourire amical, remarqua Frodo, et son regard, bien que terrible, était adouci.

« Gandalf! s'exclama Bilbo, désormais assez rétabli pour se redresser et accueillir son vieil ami. Entrez, entrez! »

L'absurdité de ce propos, Gandalf étant déjà bien à l'intérieur sous aucune invitation de Bilbo, fit naître un tel fou rire en Frodo qu'il ne put le camoufler qu'en mordant sa lèvre et en pressant sa main contre sa bouche. Il plongea par la porte ouverte de la cuisine, et s'affaira à chercher des gâteaux et de la bière pour leur invité inattendu. Peu de temps après, tous trois étaient installés autour d'un modeste repas de tourteaux de graines, de jambon et de fromage (la langue froide avait mystérieusement disparue durant leur absence, mais peut-être était-ce aussi bien ainsi ; Bilbo avait été absent pendant plusieurs jours, et elle aurait moisi de toute manière)

Ensuite, Frodo fut laissé à ses affaires alors que Bilbo et Gandalf s'étaient retirés dans le bureau pour parler. Merry aurait écouté à la porte, mais Frodo avait plus de scrupules. Il se retira discrètement dans le jardin, et s'amusa par lui-même jusqu'à ce que Bilbo sorte pour annoncer que Gandalf était parti. Frodo remarqua que Bilbo avait l'air encore plus fatigué, et que sa discussion semblait l'avoir rendu d'une humeur encore pire. Cependant, connaissant trop bien son oncle, il se retint de le questionner.





Tous ceux lisant ceci connaîtront déjà l'histoire de comment Bilbo battit Gollum dans le jeu des énigmes et, grâce à l'Anneau, s'échappa, sain et sauf (sans compter tous les magnifiques boutons de cuivre de son gilet déjà assez malmené!) de la fourberie de Gollum ainsi que du repaire des Goblins.

Il est étrange de dire, cependant, que si l'on regarde dans ce qui deviendra plus tard le Livre rouge de la Marche de l'Ouest (le gros volume en cuir rouge que nous avons déjà rencontré dans le bureau de Bilbo, et qui valut à Maître Merry une si fatale curiosité) il y a là écrit deux versions différentes de l'incident, l'une d'elle étant le récit que nous connaissons tous aujourd'hui. L'autre est moins bien connue, et va comme suit : [1]

[...] « Alors, Gollum siffla :

“Qui est plus grand que les arbres,
Qui monte, qui monte,
Et pourtant ne pousse jamais ?

- Facile!” m'exclamai-je, grandement soulagé.

Vous tous, j'espère, connaissez la réponse à cette énigme ; il suffit de dire que je la donnai.

Je ne peux que présumer que la visqueuse créature se languissait de voir ce que je goûtais, aucun Hobbit ne s'étant jamais aventuré dans son domaine auparavant ; ou alors, il avait très faim, car il me défia au Jeu des Énigmes avec ces mots :

“Ça devine facilement ? Ça doit faire un concours avec nous, mon trésor ! Si le trésor demande et que ça ne réponde pas, on le mange, mon trésor. Si ça nous demande et qu'on ne réponde pas, alors on lui donne un présent,
gollum!” »

S'ensuit alors un compte rendu du Jeu des Énigmes, qui ne nécessite pas de répétition. Finalement, Bilbo raconte qu'il a, désespérément, fait deviner à Gollum ce qu'il avait dans sa poche, et donc a honnêtement remporté la partie.

Gollum partit alors vers son île dans l'eau pour aller chercher le « présent ». Grande, en effet, fut sa consternation en découvrant qu'il l'avait perdu.

« Où est-sse? Où est-sse? se lamenta-t-il. Perdu, perdu, mon présssieux, perdu, perdu! Que nous soyons tout éclabousssés! Nous avons pas le préssent que nous avons promis, et nous l'avons même pas pour nous. »

Je me tournai et attendis, me demandant ce qui pourrait faire en sorte que cette créature fasse autant de tapage. En bout de ligne, à travers tous les crachotements et chuchotements et coassements du pauvre Gollum, je compris que le « présent » était un merveilleux et magnifique anneau, qu'il avait reçu comme cadeau d'anniversaire il y avait très, très longtemps, et qu'il rendait son porteur invisible.

Je pensai à l'anneau sur lequel j'étais tombé dans le noir. Je n'avais aucun doute qu'il s'agissait du même. Encore, qui trouve garde, et je vis une chance de garder l'anneau (que j'avais honnêtement gagné) tout en faisant en sorte que Gollum me montre la sortie. Ce dernier était dans un état de grande consternation, suppliant mon pardon, se tortillant et pleurnichant. Il m'offrit même de m'attraper quelques « bons et juteux poissssons » en consolation. (Je me doutais bien que les « poissssons » seraient assez bons à son goût, mais pas au mien. Du poisson cru! Je n'étais jamais descendu aussi bas.)

« Ça ne fait rien, dis-je alors, l'anneau aurait été le mien maintenant, si vous l'aviez trouvé : vous l'auriez donc perdu de tout manière. Et je vous laisserez partir sous une condition... »

Et donc, Bilbo s'échappa, avec l'aide de Gollum, et vécut pour raconter son épopée - cette version, en tout cas, a-t-il grandement fabriquée. Ce fut autour de ce temps-ci que Frodo nota la vraie explication, et les raisons de Bilbo pour faire cela, dans un journal privé, plus tard étendue et fusionnée au Livre rouge :

« Je crois que le véritable récit est de la plus grande importance, et ce cher Bilbo prônait lui-même la sincérité au-delà de toute autre vertu. Je ne sais pas pourquoi il décida de briser sa propre règle. »

Ce journal a en effet tout juste été dévoilé, et éclaircit un nombre d'incohérences restées non résolues par le Livre rouge et d'autres sources, parmi lesquelles la naissance et la mort du grand-père bien-aimé de Frodo, Gory, un point longuement contesté parmi les historiens, certains d'entre eux croyant la date de mort de Gorbadoc comme étant en 1363, tandis que des preuves contradictoires suggéraient qu'il était en réalité toujours vivant en 1380, l'année de la mort de Drogo et Primula.

Il faut être précisé que, dans la généalogie originale, les dates de naissance et de mort de Gorbadoc sont pratiquement illisibles, ayant été gravement maculées d'encre. Après une inspection soignée, la naissance de Gorbadoc fut prononcée comme étant en 1260 et sa mort, en 1363, mais il y avait une grande quantité de conjecture dans cette supposition.

Et puis, le journal de Frodo fut révélé, faisant la lumière sur ces anciens textes, et confirmant que les évènements jusqu'ici décrits arrivèrent lorsqu'ils le firent. Une explication plus détaillée de ceci est inutile pour notre histoire, et est donc omise.







Bilbo guida Gandalf jusqu'à son bureau et lui offrit un siège. Il fut un peu pris au dépourvu quand le Magicien déclina son offre et choisit de rester debout, examinant les livres et autres papeteries du Hobbit, ainsi que les magnifiques étagères en chêne.

« Bonté, dit-il, quelle collection avez-vous ici, mon cher Hobbit! Ceci est une bibliothèque de laquelle même un maître du savoir serait fier. Bien sûr, cela est ce que vous êtes devenu, dans un sens, je suppose ; le seul maître du savoir elfique dans la Comté. »

Bilbo s'inclina.

« Vous me flattez.
- Pas du tout. Je dis la vérité comme je la vois, » dit le Magicien, attrapant tout en parlant les mémoires de Bilbo.

Ce dernier déglutit alors que Gandalf feuilletait le livre et battit des mains de manière impuissante, ne voulant pas congédier son vieil ami aussi sommairement qu'il l'avait fait pour la fouineuse Lobelia, mais inconfortable à l'idée que quiconque lise son livre. Gandalf leva les yeux.

« Ah! les souvenirs de vieux temps! Vous, moi et les treize Nains sur la route, sans un seul mouchoir de poche! Je suis heureux que vous ayez décidé qu'ils valaient la peine d'être écrits. Chaque génération nécessite un récit de ces choses. Je l'aurai fait moi-même, si je n'avais pas été aussi occupé.
- “Vous, moi et les treize Nains”, en effet! Vous pouvez vous omettre, s'il vous plaît! rit Bilbo. Vous aviez un talent surnaturel pour disparaître et réapparaître lorsque nous nous retrouvions en difficulté, juste à temps pour nous sauver. Je ne peux dire que vous avez jamais voyagé avec nous.
- Peut-être bien, peut-être bien. Je vois que vous êtes sur le point d'écrire la manière dont vous avez obtenu votre anneau magique - ou, comme vous le dites, gagné.
- Exactement, je l'ai gagné. Qu'y a-t-il de si incroyable à ce propos? J'ignore pourquoi vous me harcelez ainsi à propos de cet anneau. Pourquoi l'anneau? Vous n'avez jamais pris la peine de me questionner au sujet des autres trésors que j'ai ramenés du voyage. »[2]

La voix de Bilbo avait perdu son ton de plaisanterie, et il commençait à être très agacé.

« Mon cher Hobbit, » dit Gandalf. Lui aussi sonnait assez sérieux désormais, et même hésitant, ce qui était inhabituel pour lui.

« Je ne suis pas à moitié aussi obtus que vous pouvez le croire, et beaucoup plus préoccupé de votre bien-être. Je vous invite, d'un gentilhomme (ou gentilhobbit dans ce cas-ci) à un autre, à me dire la vérité à propos de cet anneau. Cela apaiserait grandement mon esprit. On ne peut être trop prudent avec des objets de ce genre. Ils sont... bien... magiques et, en tant qu'expert, comme on pourrait le dire, dans de telles affaires, j'ai un... bien, un intérêt professionnel pour votre anneau, ainsi qu'un sentiment qu'il est de mon devoir de... vous mettre en garde contre toutes... ah... caractéristiques louches qu'il pourrait posséder. Comprenez-vous ce que je veux dire?[3]
- Non, je ne vois pas, dit Bilbo d'un ton tranchant. L'anneau ne mord pas et ne m'a jamais rien fait. Vous ne me voyez pas me transformer en Orque ou quoi que ce soit, n'est-ce pas? Je vous dirai ce que je choisis, et quand je le choisis, Gandalf. »

Le Magicien soupira. Il sembla soudain très vieux et très fatigué.

« Et vous avez tous les droits de refuser de me mettre dans la confidence. Je reconnais cela. Mais je croyais que nous étions amis, Bilbo, et l'amitié, je vous le dis maintenant, ne peut survivre sans une certaine quantité de confiance. »

Bilbo était trop bon et avait le c½ur trop tendre pour résister à cet appel.

« Très bien, je vous le dirai. Mais asseyez-vous! Il fait mal à ma nuque autant qu'à mon estime de devoir vous parler avec le cou tendu dans une position anormale dans une tentative de voir votre visage. »

« Tu es un vieux sentimental, Bilbo, tu es pourtant bien conservé, mais voici, pour l'amour du bon vieux temps, » ajouta-t-il en pensée. Il prit une profonde inspiration, et commença.





[N.d.A.][1] Basé sur l'édition de 1937 du Hobbit ; le dialogue est celui de Tolkien.
[2] Basé sur la scène après que Bilbo disparaît de la fête, et où Gandalf le persuade d'abandonner l'Anneau (La Communauté de l'Anneau, chapitre 1)
[3] Voir [2]

[N.d.T.]Encore une fois, les passages originaux de Tolkien ne sont probablement pas fidèles à la traduction de Francis Ledoux.

Désolée de cette affreuse absence prolongée, j'ai eu une fin d'école de fou!

11/07/2015








CHAPITRE SIX : Les problèmes arrivent






La menace de départ de Lobelia fut rapidement mise en ½uvre.

C'était la première chaude journée depuis près de trois mois, et Frodo était à l'extérieur dans le jardin, à aider Sam à couvrir de paillis les roses qui venaient tout juste de sortir. Il avait persuadé l'Ancien, qui était toujours assez faible après une attaque de grippe, de rester à la maison pour se reposer.

« Mais les roses... elles ont besoin de soins, M. Frodo!
- Sam peut me montrer comment faire, et je pourrai l'aider. À présent, s'il vous plaît, rentrez et reposez-vous; vous le méritez.
- Mais, M. Frodo...
- Je vous demande pardon, M. Gamegie, mais Bilbo et moi avons enseigné ses lettres à Sam, et je crois qu'il nous en doit une en m'apprenant à jardiner, dit Frodo en riant. Je suis certain qu'il est bien à la hauteur, ayant appris du meilleur. Permettez-moi de vous escorter jusqu'au rang Tourdesac. »

Et le vieux Hamfast, heureux malgré lui, capitula.

Alors, Frodo taillait précautionneusement les roses et étendait le paillis sous les instructions d'expert de Sam ; trop expert au goût de Frodo, car il trouvait que le plus jeune Hobbit avait vieilli trop rapidement avec de trop grandes responsabilités sur ses épaules. Quand il avait onze ans, il vagabondait dans les bois de la Comté et se sauvait de Château-Brande pour voler des champignons, il ne passait pas ses journées à jardiner comme s'il était déjà un vieux gréement. Il pensa à Merry ; il avait un an de plus que Sam, mais semblait souvent beaucoup plus jeune.

« Je me demande comment va Merry, dit-il tout haut. Je ne l'ai pas vu depuis... »

Soudain, une vague de nostalgie et de souvenirs, tout embrouillés, s'écroula sur lui. Il s'ennuyait rarement du bon vieux temps à Château-Brande, où il était forcé de s'amuser tout seul pendant des jours entiers dans la mer de parents constamment occupés à leur propre affaire, qui n'avaient jamais le temps de s'arrêter pour lui. Cela avait parfois été agréable, mais il était toujours en solitaire, et dans l'ensemble il préférait Cul-de-Sac. Mais là, il se rappelait Oncle Saradoc et Tante Esmeralda, et Merry, qu'il n'allait peut-être pas voir pendant un long moment puisque le vieux Rory, le nouveau Maître du Pays de Bouc, désapprouvait tous les Sacquet. Même le faible souvenir de ses parents refit surface avec une vive douleur de perte.

« Attention, M. Frodo! fit un brusque cri d'alarme de Sam. Vous allez ruiner les buissons si vous n'leur laissez pas de place pour respirer! »

Et Frodo sortit de ses pensées en sursaut pour se rendre compte qu'il avait enterré les malheureuses plantes dans plusieurs centimètres de paillis.

« Pardon, Sam, » dit-il avec un fou rire, et Sam dut sourire malgré lui.

Le soleil avait atteint son zénith lorsque, en sueur, boueux et satisfaits, ils se réunirent à l'intérieur pour manger. Sam farfouilla dans le placard et en sortit une grosse casserole, alors que Frodo plongeait dans le garde-manger et en ressortait avec des fèves. Il allait mettre les fèves dans la casserole, mais Sam la saisit.

« Oh! non, M. Frodo, je peux le faire!
- Très bien, » dit Frodo distraitement, car ses oreilles fines venaient de capter le son de voix à l'extérieur, des voix qu'il ne connaissait que trop bien.

« Oh! non! souffla-t-il. Non, non, non! »

Oubliant Sam et les fèves, il se précipita vers la porte en entendant le premier coup bruyant, voulant la verrouiller, mais alors qu'il se débattait avec le verrou, elle fut ouverte sans ménagement, et il se retrouva couché par terre à contempler les poils dans le nez couleur Porto d'Otho Sacquet-de-Besace. Comme il retrouvait ses esprits, il entendit Sam glapir : « M. Frodo! M. Frodo! Est-ce que ça va? »

Il se soutint sur ses coudes en secouant sa tête et en clignant des yeux pour chasser les étoiles qui brouillaient sa vision. Le nez avait commencé à se renfrogner férocement, alors il s'empressa de se remettre sur ses pieds avec toute la dignité qu'il pouvait rassembler.

« Bien, dit-il, tentant de garder sa voix forte, ce qui était difficile étant donné qu'il venait de se faire couper le souffle, que voulez-vous?
- Je demande à voir le barbon qui prétend être votre père adoptif, dit Otho pompeusement, écartant Frodo, qui était toujours trop hébété pour offrir beaucoup de résistance.
- Il est ici, » fit une voix fâchée.

Bilbo, gonflé de rage et de surprise (et pas qu'un peu alarmé de voir Frodo étendu au sol), se tenait dans le milieu du passage, les mains sur les hanches.

« Et vous êtes mieux de ne pas avoir esquinté le garçon, ou j'aurai quelque chose à vous dire, oh! oui, et je le ferai! »

Otho et sa femme, qui les observait par-dessus l'épaisse épaule de son mari, sourirent méchamment.

« J'ai bien peur que ce soit nous qui ayons quelque chose à vous dire. Allons dans votre bureau, où nous pourrons parler en privé.
- En privé! postillonna Bilbo. Tout ce que vous avez à me dire peut être dit devant mon héritier et mon voisin de confiance. Maintenant, dites-le et partez - ow! »

Otho venait de lui donner un coup de coude dans les côtes, le faisant chanceler, et se dirigeait, Lobelia à son bras, vers le confort du bureau de Bilbo.

Le moment qui suivit fut un enchevêtrement de cris et de lutte, et dans l'agitation, Sam s'élança avec la casserole dans la main et, la balançant vigoureusement, frappa Otho sur la tête. Il tomba au sol comme un arbre abattu, des éclaboussures de haricots couvrant sa tête et son front. Sam, horrifié des dommages qu'il avait infligés, ne fit que se tenir debout.

« Voyez ce que vous avez fait, cria Lobelia, espèce de sauvage du Pays de Bouc! »

Sam parla vaillamment.

« S'il vous plaît, madame, c'est moi qui l'a cogné. Je suis vraiment désolée qu'il soit blessé, mais toi et M. Sacquet-de-Besace n'aviez pas aucune affaire à venir ici sans invitation à déranger M. Bilbo et à blesser M. Frodo. »

C'était un long discours pour Sam, habituellement timide.

« Oh! en effet! C'est ce qui ressort lorsque vous avez des idées au-dessus de vous : la guerre et le meurtre et le désordre! Une nuit ou deux dans les Écluses[1], c'est ce dont vous avez besoin. Cela vous refroidira un peu, oh! oui! »

Bilbo et Frodo tentèrent de l'interrompre, mais Lobelia était en mode tirade et ne pouvait être arrêtée.

« Vous essayez de me réduire au silence, monsieur? Je vais faire arrêter votre serviteur pour agression violente et blessure, oh! oui je vais le faire! Et qu'allez-vous faire ensuite? »

Bilbo tenta de dire que ses avocats et lui étaient plus que compétents pour traiter avec les viles machinations de Lobelia, mais celle-ci ne fit que continuer à lui crier dessus.

« C'est une maison de fous, avec un gardien aussi fou que tous les autres! Vous tournerez mal, Bilbo Sacquet, écoutez-moi bien, misérable Cambrioleur! Et toi (elle se tourna vicieusement vers Sam) tes parents ne t'ont donc jamais appris à respecter tes aînés et tes supérieurs? Une nuit ou deux dans les Écluses, oh! oui, c'est la manière de traiter avec de telles effronteries! Oh! en effet! Je suis certaine que M. Grubb aura beaucoup à te dire à propos de ta vile et honteuse désobéissance! »

M. Grubb, vous vous souviendrez, était partenaire de la firme qui avait arrangé la vente aux enchères de Cul-de-sac quand Bilbo était Perdu et Présumé Mort, et il était un avocat de renom dans son propre droit. Bilbo ouvrit la bouche, mais la voix de Lobelia monta jusqu'à un cri aigu.

« Et comment ton bon à rien de père sera content de toi alors, quand tu l'auras ruiné avec les honoraires des avocats, et que tu resteras assis dans les Écluses à réfléchir, je l'espère, à vos péchés?
- Je vous assure, madame, qu'il m'est plus qu'égal de payer toute dépense d'avocats que vous jetterez sur moi ou mon vieil ami Hamfast; plus que je pourrais en dire pour vous, parvint finalement Bilbo à glisser un mot.
- Quoi, vous...!! Mais ce ne sera pas nécessaire, si vous acceptez de donner au cabot la punition qu'il mérite.
- Je ne ferai rien de la sorte, ma chère Lobelia. Allez appeler le juriste. La porte est juste là. Je vous aiderai à transporter votre mari. »

Otho avait été couché au sol tout au long de la discussion, insensible aux cris de sa femme comme au ton glacé de Bilbo. Sam, malgré lui, émit un ricanement hystérique, qu'il étouffa rapidement, semblant consterné par lui-même. Frodo lui lança un regard réconfortant.

À onze heures le lundi suivant, le cas fut déclaré ouvert. Maître Hamer Chubb-Proudfoot-Grubb et son oncle M. Tomer Grubb étaient les avocats de la poursuite, alors que l'avocat de la défense était M. Odovacar Bolger.







« Cher Frodo,

Je m'ennuie. Rosalcia s'est
encore disputée avec Hamer, et elle boude comme jamais. Elle déclare qu'elle pourrait tout aussi bien s'enfuir et avoir une Aventure, ce que, je crois que tu seras d'accord, lui ferait énormément de bien. D'ici là, elle me rend dément! Est-ce que je peux venir rester chez toi pendant un temps, je dormirai sur le perron si tu n'as pas de chambre pour moi, et j'amènerai ma propre nourriture, laisse-moi juste rester jusqu'à ce que la tempête, pour ainsi dire, s'apaise. S'il te plaîîît?

Merry »





« Je suis tellement désolé, monsieur, s'excusa Sam Gamegie pour la énième fois. Je voulais pas faire tomber cela sur vous.
- Ne te tracasse pas, mon cher garçon, » répondit Bilbo, comme il avait répondu pendant les deux jours précédents.

Il n'avait pas seulement eu affaire au fils, mais aussi au père, car le vieux Ham Gamegie était venu en personne pas une, mais cinq fois, pour demander pardon au nom de Sam et insister sur le fait qu'il allait payer pour les dommages. Et donc, patiemment, cinq fois, Bilbo avait fait remarquer que Sam avait cogné Otho en bonne si erronée défense de son maître, et si quiconque à part les S.-B. devraient payer, alors ce devrait être lui-même.

« Tu es un vieux fou sentimental, Bilbo, » se dit-il après que Sam fût parti, et il sortit son livre à moitié terminée pour tenter de calmer ses nerfs fragiles. Il avait terminé le chapitre sur Gollum (la version « éditée »), et avait commencé à narrer la manière dont les Aigles des Montagnes avaient secouru Gandalf, les treize Nains et lui des Goblins et des Wargs sauvages.

Bilbo n'eut pas droit de travailler bien longtemps sans être interrompu, par contre, car très rapidement, la sonnette retentit.

« Vas-tu répondre Frodo, mon garçon? » appela-t-il d'un ton irritable depuis son bureau.

Frodo ouvrit la porte et trouva M. Bolger, l'avocat, à l'extérieur. Son visage rond était inquiet, et ses yeux accommodants bruns étaient sérieux.

« Entrez, M. Bolger, dit Frodo en s'inclinant poliment.
- Merci, répondit-il, essuyant ses pieds scrupuleusement sur le paillasson. Voici mon fils Fredegar, bien que tout le monde l'appelle le Gros, je ne vois pas pourquoi.... ajouta-t-il avec des yeux scintillants, tirant un Hobbit adolescent indigné à la lumière. Gros, mon garçon, je te présente Maître Frodo Sacquet.
- Un plaisir de vous rencontrer, Maître Fredegar, dit Frodo, s'inclinant une seconde fois, et la mine renfrognée et butée sur le visage rond du plus jeune Hobbit (plus ronde que celle de son père, si possible) se relaxa un peu.
- De même, Maître Sacquet, dit le Gros (Il sonnait toujours maussade.)
- Oh! appelez-moi Frodo. Je vous ai appelé Fredegar, après tout. Puis-je vous appeler Fred? Je crois que ça vous ferait bien. Et je peux vous tutoyer, maintenant, j'imagine?
- Et bien, c'est un pas au-dessus "du Gros” », dit-il de ce nom de mauvaise grâce.

Frodo rit.

« En effet. Mais je suis tellement désolé, M. Bolger, je vous ai fait attendre sur le paillasson! Entrez, je vais appeler Bilbo.
- Alors, telle est la situation. » Le visage rond d'Odovacar Bolger était plus inquiet que jamais. « Les Sacquet-de-Besace prétendent avoir trouvé des témoins du comportement désobéissant de votre serviteur à d'autres occasions, comme lorsqu'il a renversé l'étal de fleurs de Mademoiselle Protea Bracegirdle. Je sais, continua-t-il en devançant la réponse indignée de Frodo d'une main levée, que le jeune Sam n'a jamais été autre que consciencieux. Le problème est de le prouver, ou il risque de faire face à deux mois dans les Écluses.
- Oh là là! dit Bilbo. Mais assurément... vous êtes un avocat... vous pouvez faire quelque chose.
- Mon cher Bilbo, je ne suis pas un Magicien. Par contre, j'espère toujours que le cas puisse se résoudre à notre faveur. Je voulais simplement que vous soyez conscients des issues possibles.
- Compris, mon cher monsieur, » dit Bilbo, et il invita le père et le fils dans la salle à manger pour un thé.





« Cher Merry,

Je viens juste de réaliser que ça fait trois jours que j'ai reçu ta lettre, mais j'ai eu beaucoup dans mes pensées. J'espère que tu n'es pas encore mort d'ennui. Bien sûr que tu peux venir rester, et tu n'auras pas à dormir sur le perron. En fait, j'aurais besoin de ton aide. Sam a des problèmes. Il a cogné Otho S.B. avec une casserole pour me défendre, et il a été condamné pour voies de fait grâce à ce vil avocat qui est, je crois, l'oncle de notre ami Hamer. Il risque six mois dans les Écluses si on ne le sort pas de là d'une certaine manière. Je sais que tu réussiras à penser à quelque chose.

Frodo »





« Cher Frodo,

J'espère que tu étais ironique quand tu as appelé Hamer notre “ami”.

J'arrive dès que je le peux,

Merry »





[N.d.A]: L'idée de Sam utilisant une casserole comme arme, je l'ai eue d'une autre fanfic LOTR que j'ai lu il y a longtemps, mais que j'ai été incapable de retrouver pour créditer.


[N.d.T.]: La fanfiction originale est en pause à 7 chapitres. Donc, il ne me reste plus qu'un chapitre avant que je doive moi aussi mettre cette version en pause, faute de chapitres à traduire! Je promets de la continuer dès qu'elle recommencera.

[1]Dans la version originale, on parle de « Lockholes ». Littéralement, ça se traduit par « trou de verrouillage », ce que je trouve très affreux. J'avais pensé traduire cela par « le Trou » vu qu'il s'agit d'une sorte de prison, mais toutes les maisons de la Comté s'appelent des « trous », alors je ne sais pas trop comment appeler cela... Je ne me souviens plus où, mais j'ai vu une traduction de « Lockholes » pour « Écluses », alors j'ai gardé ça...

Vous, qu'en pensez-vous??

18/07/2015







CHAPITRE SEPT : Un plan audacieux





[N.d.A : En raison de l'école et de mes absences répétées, j'ai dû prendre de dures décisions. J'ai renommé cette fanfiction « Hors des bois I », et j'ai l'intention de la boucler dans les prochains chapitres. Peut-être qu'après un temps (disons, novembre/décembre cette année) je pourrai publier « Hors des bois II », qui est déjà prévue dans ma tête. J'imagine que plusieurs d'entre vous ne seront pas très content de cela, je ne le suis pas non plus, mais c'est le mieux que je puisse faire. :(

Ce chapitre a été littéralement été écrit par bouts, donc le style d'écriture va probablement dans tous les sens.

Aussi, une note à propos du dernier chapitre : j'ai lu sur le Wiki du Seigneur des Anneaux que les Shirriffs étaient les seules formes de forces de l'ordre dans la Comté, alors tout le chapitre 6 est en gros incorrect. J'ai décidé de le laisser tel quel, cependant, car il est crucial à l'histoire, et de continuer la trame de l'histoire avec les libertés que j'ai prises par mégarde. J'espère que ça ne vous offense pas =P

Une dernière chose : je ne sais pas s'ils ont vraiment des hirondelles, mais je ne voulais pas m'embêter à chercher...!






C'était le milieu de la matinée. Des hirondelles piquaient et galopaient contre un ciel clair et éclatant, et les collines étaient vivantes des mélodies du printemps. Le temps chaud s'était heureusement poursuivi, et désormais les fleurs émergeaient, et Hobbitebourg était radieuse et gaie une fois de plus après l'hiver.

Actuellement, les clip-clop des sabots des poneys étaient entendus, et Frodo, courant hors de la maison, fut surpris de voir pas un, mais deux poneys s'arrêter devant le portail de Cul-de-Sac. « Chère Elbereth », gronda-t-il en reconnaissant le cavalier du deuxième poney, une jolie et charmante jeune fille hobbite.

Merry glissa sans cérémonie de sa monture et s'enfuit avec dans les écuries, alors Frodo dut traiter avec Rosalcia, dont les longues jupes ne lui permettaient pas de mettre pied à terre sans aide. Elle minauda dans sa direction en lui prenant la main, et l'embarrassa à un tel point qu'il trébucha sur ses propres pieds en la guidant vers la porte d'entrée.

À l'intérieur, ils bavardèrent (ou plutôt, Rosalcia babilla) à propos de la température, bien que ce que Frodo voulait vraiment lui demander était ce qu'elle faisait là, nom d'Elbereth. Mais il ne pouvait penser à comment le formuler sans paraître grossier, alors il resta assis dans un silence gênant et laissa la langue de sa compagne s'agiter. Il souhaita que Merry revienne des écuries ou que Bilbo émerge de son bureau pour le secourir.

Pourtant, les Parques avaient par évidence décrété que Frodo allait devoir passer une demi-heure dans une silencieuse souffrance mentale avant que Rosalcia n'explique sa présence dans son trou.

« Parce que, tu vois, Hamer a agi absolument terriblement, et il a été tellement indélicat avec moi. Il ne semble juste pas se rendre compte qu'une fille veut seulement avoir un peu de plaisir. Je veux dire, à quoi bon exister si je ne peux pas flirter un peu?
- En effet, » dit Frodo distraitement, concentré sur le bout de son nez aristocratique et souhaitant que son cauchemar cesse.

Elle s'était interrompue avec un petit rire touché, mais poursuivit plus sérieusement : « Et il est tellement stupide, il s'attend à ce que tout le monde soit aussi sérieux et peu sans imagination que lui, mais - bon Dieu, je suis du Pays de Bouc, n'est-ce pas? Nous avons besoin d'action, tu sais, Frodo - je ne peux pas être enchaînée toute ma vie sans jamais un peu de plaisir. Alors... » et là, elle se pencha vers l'avant coquettement jusqu'à ce que leur nez se touchent presque. « Tu sais, Frodo Sacquet, si jamais tu veux quelqu'un pour partir à l'Aventure... tu n'as qu'à me le demander. »

Alors Rosalcia avait été sérieuse à propos de ce qu'elle avait dit à Merry. Ça, c'était une surprise. Peut-être son enquiquinante petite cousine avait changé plus qu'il ne l'avait réalisé, pensa Frodo, et il n'était pas tellement sûr de comment faire face à cela. Il ouvrit la bouche, prêt à dire qu'il y avait une Aventure maintenant dans laquelle elle pourrait aider - celle qui consistait à faire sortir Sam des Écluses - mais à la dernière minute, la prudence l'emporta et il transforma sa phrase en une question plutôt boiteuse sur ses parents.

Cela provoqua un véritable déluge de mots et de larmes. Iverdoc et Tunise Brandebouc ne se souciaient pas du tout d'elle, dit-elle, peu importe ce qu'ils pouvaient lui dire en face. Au début ils avaient menacé de la déshériter si elle continuait à encourager Hamer - et puis, quand Hamer s'était mis à agir abominablement, ils l'ont plutôt encouragé! Ils ne se souciaient pas de son bonheur, seulement de rester dans leur beau et confortable trou à manger des gâteaux pendant qu'elle versait le thé! Frodo oscillait, préoccupé, en arrière-plan, trop inconfortable pour faire quoi que ce soit excepté lui présenter un mouchoir lorsque ses larmes menacèrent d'inonder la pièce.

Rosalcia le prit et s'assit tranquillement pendant quelques minutes, comme si le flot de ses paroles s'était asséché, avec le mouchoir sur le visage. Puis, elle fit claquer le mouchoir comme un fouet, l'écrasa en une petite boule, et le jeta à travers la pièce, se tournant vers Frodo si soudainement qu'il sursauta. Elle avait d'un manière ou d'une autre réussi à effacer toute trace de pleurs, et son visage arborait son habituel air désinvolte et animé. Le changement était époustouflant et, malgré lui, Frodo était juste un peu captivé.

« Alors, Frodo, quelles sottises toi et Meriadoc chéri avez planifiées pour sa visite? »

Captivé fit place à des parts égales d'agacement et d'amusement. Frodo tenta de transformer un rire en un toussotement, s'étouffa et ne put parler pendant un certain temps. La juxtaposition de « chéri » et « Meriadoc » avait été trop.

« Je serais heureuse de participer, continua Rosalcia par-dessus les crachotements de Frodo. Je peux être parfaitement extravagante quand je le veux, tu sais, et maintenant que je ne m'occupe plus de ce que pense Hamer... »

Elle laissa traîner sa phrase à la vue de Merry dans l'encadrement de la porte, qui lui lançait un regard aussi meurtrier qu'il savait le faire.

« Quoi? demanda-t-il. Arrête de bouder, Meriadoc, ce n'est pas toi.
- Qui se moque du chaudron? lâcha Merry. Tu sais pertinemment que Tante Tunise t'as envoyée ici parce qu'elle ne pouvait plus endurer tes bouderies. Est-ce vrai que tu n'as pas souri depuis janvier? »

Sa cousine ne daigna pas répondre. Frodo se leva et soupira.

« Je vais aller faire du thé. »

Cela allait être quelque longues journées.







« ... Mais... nous ne pouvons pas! s'étrangla le Gros Bolger, ses yeux aussi ronds que des assiettes à dîner et beaucoup plus effrayés.
- Pourquoi ne pouvons-nous pas? » rétorqua Merry agressivement.

Frodo grogna et pinça l'arête de son nez.

Ils parlaient d'un plan d'évasion pour Sam, qui avait déjà été incarcéré, heureusement dans une zone à faible sécurité des Écluses. L'impétueux Merry avait tout de suite proposé de faire assaut sur les Écluses avec des épées, ou si des épées étaient difficiles à trouver, des piques, alors que Frodo et le Gros Bolger, qui avait exprimé le désir de faire partie du plan, tentaient de le convaincre que c'était une très mauvaise idée.

« Ne sois pas ridicule, Merry, insista Frodo, de manière plus articulée que l'horrifié Gros. Tu sais que si nous faisons ça, nous allons bien vite rejoindre Sam. Et quoique je suis sûr qu'il apprécierait de la compagnie, je n'ai pas trop envie de passer les prochaines six semaines de ma vie dans un cachot. Pense à ce que dirait Oncle Bilbo! »

Merry roula les yeux, mais n'exerça pas de représailles.

« Eh bien, as-tu de meilleures idées, cousin?
- Pas vraiment, » admit Frodo.

Rosalcia, qui avait insisté pour faire partie de la discussion, malgré leurs efforts pour se débarrasser d'elle, choisit ce moment pour fixer son regard, précédemment absorbé par les oiseaux hors de la fenêtre, sur le visage de Frodo. (Elle avait ignoré Merry et le Gros pendant toute la conversation.)

« Tu sais, je crois que j'ai peut-être quelque chose, dit-elle lentement.
- Qu'est-ce que c'est? » demandèrent les trois garçons en même temps.

Un sourire comme du sucre à la crème courba sa bouche.

« Laissez-moi juste un peu de temps. Vous verrez.
- Je parie que nous le ferons, » marmonna Merry avec mauvaise humeur alors que la réunion se dissolvait.





Grelion Piper, le jeune Shirriff de garde aux Écluses, était complètement ennuyé, et ne voulait rien de plus que de retourner chez lui vers une chope de bière, même si cela signifiait se soumettre aux harcèlements insistants de sa mère à propos du fait qu'il devait se trouver une femme. Cela avait été une saison des plus calmes, sans même l'habituel petit voleur condamné à un mois ou deux derrière les barreaux, dans des cellules qui pouvaient être un peu humides ou poussiéreuses, mais qui à part cela étaient assez confortables, du moins comparativement aux prisons dans lesquelles les Hommes de Bree confinaient leurs criminels. En fait, le seul prisonnier qu'il gardait à ce moment était le jeune fils du jardinier dont il ne pouvait même pas se rappeler le nom.
Sam, c'était cela. Un bon garçon, quoique tristement effrayé et perdu d'être loin de la maison. Alors, Grelion avait tenté d'être amical avec lui, à la manière d'un grand frère. Mais Sam était endormi dans le moment, ou l'ignorait, et Grelion s'enfonça plus profondément dans ses propres pensées.

« Bonjour! »

Grelion sursauta ; il s'était endormi. D'un air coupable, il vérifia sa ceinture où se trouvaient les clefs des cellules (elles étaient toutes pareilles), et s'évanouit presque de soulagement en voyant qu'elles y étaient toujours. Sam était apparemment toujours en sûreté dans sa cellule. Tout était bien. Grelion prit une grande inspiration et se força sa voix à ne pas sortir comme un piaillement.

« Bonjour. Qu'est-ce qui t'amène ici? »

Son visiteur était une jeune fille hobbite avec un visage rond et charmant.

« Je jetais un coup d'½il. »

Le ton Rosalcia (car c'était elle) était parfaitement innocent.

« Ce doit être très monotone, de rester assis ici sans personne à qui parler, nuit après nuit, continua-t-elle, comme si cette pensée venait de lui venir.
- Ce l'est certainement, dit Grelion en ponctuant ses mots d'un bâillement. Je dois dire que c'est agréable d'avoir un peu de compagnie pour une fois. Mis à part Sam : désolé, mon gars.
- Je reviendrai demain, » lui assura Rosalcia.

Elle ressortit dans un bruissement par le couloir et dans l'air du soir, laissant Grelion interloqué plus qu'un peu fasciné.




[N.d.T.]Heyy!
Étant donné que la fanfiction originale s'arrête là pour l'instant, je suis dans l'obligation de mettre cette histoire en pause. Je la continue dès que je le peux (c'est-à-dire, dès que l'auteure reprend son écriture). Dites-le-moi si vous souhaitez être prévenu(e)(s) de la reprise. Je vais pendant ce temps m'appliquer à réviser ce qui a déjà été publié, et à poursuivre mon travail sur mon autre blog, celui-ci, l'autre fanfiction du Seigneur des Anneaux que je traduis, qui se déroule à l'époque de la Guerre de l'Anneau, une romance/aventures OCxAragorn. =P
À la prochaine!

Plume Bleue